Observer ses comportements, c’est être vigilant à cultiver le chemin de moindre résistance propice à économiser ses forces vitales.
lecture de 7 minutes

Observer ses comportements n’est pas un fonctionnement que l’on fait naturellement. D’ailleurs il est également rare d’utiliser ce verbe dans une conversation lorsque nous voulons commenter un évènement ou une action faite par quelqu’un. Dans le dictionnaire le verbe observer signifie « étudier, examiner, regarder longuement » comme si finalement nous étudiions le comportement d’un insecte tel un entomologiste l’œil rivé sur son sujet .d’étude.
Autant dire qu’il faut du temps, et une certaine dose de patience pour passer en revue nos façons de fonctionner, de faire ou d’être. La patience n’est hélas pas une vertu mise en avant dans nos sociétés occidentales ou trônent la vitesse, le tout tout de suite et si possible s’en se poser de question. D’ailleurs pourquoi se poser des questions ou remettre en cause un mode de fonctionnement qui semble fonctionner (à nos yeux) même si nous ressentons de l’inconfort, de la tristesse , de l’angoisse, de la fatigue, de l’incertitude ou de la colère ? C’est, après tout, le lot de tout le monde! On ne peut pas tout avoir ! Il faut souffrir pour être belle! La vie est un combat ! On est pas là pour rire ! comme disent si bien des formules toutes faites et qui résument la vie à un lot de circonstances ou chacun se doit d’être naturellement soumis. Des formules que nous nous trainons comme des valises et issues parfois de nos aïeux pour qui la vie matérielle au quotidien n’était pas toujours simple.
Ce type de pensée est si bien ancrée dans le cerveau de chacun, que l’habitude est devenue une seconde nature. Puisque cela a toujours été dit, c’est que c’est vrai ! Pourquoi essayer de penser par soi-même, quand cela a été pensé par d’autres personnes et en plus certainement plus intelligentes et connues ? Pourquoi remettre en question ce qui semble avoir été établi depuis des années, voire des décennies ?
Nous sommes ainsi « téléguidés par des formules fatalistes, pensées par d’autres comme des manuels d’utilisation qui nous donneraient la réponse à toutes nos questions. Alors pourquoi essayer de s’observer quand nous savons que cela risque de créer un flot d’ émotions désagréables ? Pourquoi après tout faudrait il les supporter alors que la société, l’éducation, me proposent un type de façon d’être et de faire qui anesthésient tout ce qui est difficile pour moi, tout ce que j’ai peut être pensé à remettre en question et qui finalement m’amènerait plus d’ennui que ma situation actuelle ?
« Alors comme je me suis habitué, comme mon travail me donne de la sécurité (même si je suis épuisé), comme je suis marié depuis longtemps et que j’ai peur de ce que vont dire les autres si je divorce (même s’il n’ y a plus de communication entre nous et que je ne supporte plus cette union), je continue de cultiver le déni, je continue à croire que ma façon de penser me protège de mon environnement et des surprises désagréables. »
Ainsi donc, observer ses comportements serait dévoiler ses faiblesses, ouvrir la boite de Pandore et chercher « des tracas là où il n’y en a pas »
Voici donc l’état d’esprit que souvent et malheureusement nous trouvons autour de nous. Pas par malveillance ou mauvaise façon d’être ou de faire volontairement. Non souvent, le simple fait de se cacher derrière une habitude, un comportement de sur-adaptation ou de survie peut provenir de la peur, des mauvaises expériences, de la méconnaissance ou bien d’un héritage d’éducation ou environnemental.
Pourtant la précipitation à vouloir « se cacher de soi même » tôt ou tard peut se retourner contre nous en provocant des regrets, des remords, le constat d’une vie loin de ses désirs, de ses rêves et de l’idéal passionné que nous aurions pu avoir dans notre jeunesse.
Observer ses comportements c’est donner du temps au temps. C’est regarder ce qui dysfonctionne dans notre vie. C’est regarder ce qui a fonctionné comme un bénéfice et qui maintenant ne s’avère plus utile ou bénéfique à une situation ou une évolution.
Observer ses comportements c’est aussi avoir une forme de courage de se dire que la route empruntée n’est pas celle que nous aurions voulu au fond dés le départ. C’est constater qu’en nous règne peut être la confusion, la tristesse, la colère ou bien la résignation qui est peut être pire que la colère. Car la résignation endort et parfois à jamais les rêves, les dons, les aptitudes des personnes.
Observer ses comportements est avant tout un acte d’amour pour soi, un don de reprendre en main sa vie, de se laisser le temps de choisir, de se laisser le temps peut être de ne pas choisir mais d’accueillir et de gratifier le chemin parcouru, les efforts effectués et les rêves à venir, si infimes soient-ils.
Observer ses comportements c’est aussi faire attention à soi, à ce qui nous fait du bien, à ce que nous ne voulons plus accepter, plus prendre en charge alors que cela ne nous appartient pas. Observer ses pensées, ses émotions, ses habitudes, c’est donner une place plus importantes au cœur, à l’imagination et au vivant en soi.
Il est peut être arrivé à bon nombre d’entre nous de ne plus trouver de sens, de ne plus ressentir ou de croire que nous ne pourrions plus ressentir. Cela est impossible. Car par essence l’homme est un être d’émotions et de sensations. Observer ce fait nous permet de revenir à notre vitalité, à nos besoins les plus simples. Compléter le « faire » avec « l’être ». Ne plus être en dualité qui devient énergétivore, comme une prise de position constante. Mais trouver un chemin médian qui permet l’apaisement et la recouvrance de nos valeurs et de nos forces.
Car à force de prendre des rôles qui ne sont pas les nôtres, à force de vouloir plaire à tout le monde, à force de toujours chercher la reconnaissance, le regard satisfait, nous nous épuisons, nous épuisons notre corps, nos cellules et nos pulsions d’émerveillement.
Souvenons nous que nous vivons dans un corps charnel qui a besoin d’être traité avec soin et bienveillance. Car nous pourrons avoir toutes les plus belles idées du monde, mais si notre corps est en souffrance, affaibli, il sera difficile de pouvoir incarner notre vitalité dans un projet quelconque.
Votre première observation et votre première question pourront donc être : Comment je me sens physiquement et de quoi ai-je besoin pour retrouver mes forces ?
Question toute simple mais qui déjà peut vous amener à ralentir un process, un cheminement énergétivore. Puis ensuite vous pouvez vous demander comment vous vous sentez émotionnellement. En faisant un petit tour de votre météo intérieure et extérieure vous vous reliez déjà à ce qui besoin en premier de soin et de vitalité.
Allez à votre rythme, prenez le temps, car les habitudes sont tenaces, mais chaque petit pas, chaque petit changement pourra être honoré comme une victoire sur ce qui vous met en déséquilibre et en défaut.
Vous reprendrez ainsi peu à peu le contrôle de votre chemin, contrôle que vous aviez pu parfois par fatigue, tristesse, peur ou méconnaissance laissé aux autres pour pouvoir souffler, trouver du confort et du réconfort. Ce qui est important de se dire, c’est que vous aviez essayé de fonctionner avec les ressources que vous possédiez, le niveau de connaissance dont vous aviez hérité et les capacités que vous pouviez utiliser. Ce qui est encore plus important c’est de n’en vouloir à personne, ne pas chercher à qui reviendrait la faute. La faute de quoi d’ailleurs ? Vos propres parents, l’école, eux aussi ont fait ce qu’ils pouvaient, ce qu’ils croyaient bon pour vous avec un niveau de conscience de leur époque, des mœurs et de leur propre façon d’être.
Rester ouvert, observer, se gratifier de tout petit changement, ne pas se juger sont des clés précieuses dans la suite de votre cheminement.