LE TEMPS EST NOTRE ALLIE

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dall·e 2025 01 24 21.08.38 une illustration conceptuelle représentant l'idée que le temps est notre allié. un personnage serein, peut être un vieil homme ou une femme méditant,

Souvent dans notre vie nous avons du courir après le temps pour faire des choses, pour être à l’heure, pour ne pas être en retard, pour être au rendez vous. Nous nous sommes épuisés à regarder notre montre, les aiguilles qui semblaient tourner trop vite, nous faisant perdre un peu plus de vie à chaque fois. Car inconsciemment nous avons associé que le temps c’était de la vie et de l’énergie. Nous n’avons jamais pu sérieusement envisager de « perdre du temps » pour en gagner. Pourtant « perdre du temps » est ce vraiment perdre de la vie ? Et si nous remplacions le verbe « perdre » (qui en soit même a déjà une connotation négative et qui définit une prise de position dans le concept perdre ou gagner, être compétitif ou être un looser, être le premier ou le dernier) par le terme observer, être patient, être discernant pour fonctionner au bon moment et avec l’action juste.

Ce sont déjà des concepts qui sont loin de la notion de perdre ou de gagner et de faire du temps son meilleur allié pour ceux qui sont rapides, réactifs et implacables. Mais pour ceux qui sont plus lents, qui ont besoin d’aller à leur rythme et qui vivent aussi selon leur ressenti personnel, sont ils déjà déclassés du mouvement de la vie parce que non opportunistes et non rentables ? Le temps servirait il seulement la rentabilité, l’utilité et la compétition ?

Revenons à une valeur et une approche plus humaine du temps qui servirait nos intérêts plus hauts dans le développement de nos compétences, dans le renforcement et l’encouragement de nos sensibilités et nos fragilités, dans la découverte lente, profonde et constructive de nos possibilités et nos ressources. Dans un temps comme un lien précieux entre les humains et permettant une cocréation féconde de toutes les différences et contrastes.

Le temps n’est pas un allié impitoyable qui choisit les plus forts, les plus endurants. Il n’est au service d’aucune cause parfaite. Seul l’être humain lui donne l’importance dont il a besoin, le rôle qui le sert le mieux. Mais le temps c’est autre chose, une notion délicate et subtile qui peut être envisagé comme un espace qui nous permet de réfléchir, d’évoluer et donner du sens à nos expériences. Il est un espace, un rdv avec soi et aussi un compagnon essentiel de nos questionnements et de nos maturations personnelles et collectives.

Il permet un retour en arrière sur des choses et des pensées qui n’ont pas pu être concrétisées. Seule notre façon de l’accompagner lui donnera du pouvoir. Un pouvoir salvateur et réparateur si nous envisageons avec bienveillance et recul « nos échecs » comme des expériences, des révélateurs de nos sensibilités et fragilités. Un pouvoir accablant si nous observons nos expériences comme des écueils, des fins de non recevoir et un résultat final et fermé à toute continuité et tentative.

Le temps un bénédiction pour la prise de décision

Si nos décisions ne dépendent pas d’un facteur vital ou notre capacité de survie doit nous mettre à l’abri très rapidement sans faire appel à la réflexion, alors il pourra être salutaire de peser le pour et le contre d’une décision, d’un acte. Et le temps s’avèrera un outil précieux de notre équipement de responsabilité et prise d’autonomie dans un choix qui peut se montrer délicat. Il nous permettra de peser les avantages et les inconvénients d’une décision. Voire même envisager les effets secondaires et les conséquences d’une prise de position. Les choix impulsifs bien qu’ils puissent être libérateurs sont souvent moins solides que ceux qui ont muri au fil du temps. Ils peuvent également reposés sur des réactions dues à des évènements extérieurs qui ont pu avoir un impact conséquent sur notre psyché et notre sensibilité.

Prendre une décision sur le coup de l’émotion ou sur une position calme et réfléchie est complètement différent. La première position peut entrainer une non considération de l’environnement, une précipitation à vouloir obtenir ce que l’on veut pour calmer une inquiétude ou combler un vide. Cela pourra fonctionner mais seulement un temps. La seconde position demande peut être plus de temps mais elle permet de nous revisiter avec plus de considération et de calme, quitte à ce que l’atteinte du résultat tant convoité soit reporté ultérieurement, pour permettre à la confiance, l’ancrage et l’apaisement de faire leur œuvre commune de création puissante , vivante et reproductible et transmissible dans le temps.

La maturation à travers l’expérience

Au delà des choix, le temps nous accompagne pour grandir, apprendre, évoluer et se développer. Ce sont des processus qui nécessitent du temps, de l’investissement et de la confiance. Tout ne se fait pas du jour au lendemain. Pour analyser ce qui n’a pas fonctionner, ce que l’on veut améliorer, il y a des temps d’accueil des émotions, des temps de digestion de l’œuvre, des temps de compréhension du fonctionnement, des temps de remise en question de son savoir faire ou savoir être, des temps de curiosité, de recherche, de nouvelles ressources qui amèneront sur de nouvelles voies qui amèneront sur de nouvelles façons de penser, de collaborer et qui amèneront sur de nouvelles possibilités, de nouvelles propositions, et de nouveaux résultats. Le temps devient un cheminement. D’un espace de choix, il devient aussi un chemin d’expérimentation, un mouvement de comparaison et d’éclosion. Sur le chemin des écueils, l’obstacle se fait challenge.

Le temps comme révélateur de sens

Le temps peut aussi être un révélateur de fonctionnement, d’évolution de notre personnalité que nous façonnons au gré des éxpériences et de nos fréquentations. Le bébé ne ressemble pas à l’enfant qui grandit. Et l’enfant ne ressemble pas à l’adolescent qui ne ressemblera pas à l’adulte en devenir. Lorsque l’enfant est tout jeune à peu prés jusqu’à l’âge de 7 ans, il est comme une éponge qui prend pour vrai et définitif la parole de ses parents, de son maitre ou maitresse en classe ou de tout être humain qu’il peut côtoyer, auquel il pourra s’attacher ou qu’il craindra. Ce qui aura comme conséquence d’imprimer en lui des souvenirs dont les émotions de peur, de joie, de colère ou de tristesse en feront des moments marquants de sa petite enfance.

Puis au fil de sa maturation et de son développement, il va acquérir ses propres fonctionnements de pensée, ses propres échelles de valeur. Mais si un souvenir de la petite enfance est trop prégnant, un évènement pourra venir libérer l’émotion qui l’accompagne rendant toute action ou toute prise de décision ou positionnement confus, hésitant, incertain. Cela peut donner des adultes ne sachant jamais s’engager ou étant influencés par l’avis de l’individu le plus convainquant, comme lorsqu’il était enfant. Les mettant à nouveau dans un rapport de force vertical adulte versus enfant.

Le temps réparateur et régénérateur pourra aider à la réparation et à la restauration de la confiance en soi par des actes significatifs, même infimes au départ. Ce qui ne semblait pas avoir de sens dans les racines de l’enfance, pourra permettre une renaissance dans la capacité que l’adulte aura de penser d’une manière mature et autonome des avis extérieurs et des influences prégnantes. Il est dit que la capacité de maturation de l’enfant est si peu développée au départ de sa jeune vie (ce qui est tout à fait naturel) qu’il est souvent dans un fonctionnement cérébral ou les ondes sont des ondes thêta c’est à dire les ondes que le cerveau émet en période d’hypnose. L’enfant est donc dans un espèce d’état d’autohypnose recevant n’importe quelle information qui se stockera dans son inconscient comme une forme d’apprentissage à répétition.

Le temps permettra donc à l’adulte de prendre du recul pour faire face à une décision ou à un traumatisme. Et ne plus être en état d’autohypnose pour recevoir « la parole vraie des autres ». Son cheminement sera celui de l’analyse juste, cherchant les tenants et les aboutissants, cherchant un sens logique, ou à défaut un chemin praticable dans les méandres de la pensée, et j’irais plus loin dans les méandres de la multitude de pensées qui nous traversent chaque jour. Le temps montre une direction et une définition de ce qui fait écho en soi. En quittant le mode pilote automatique, en quittant le mode précipitation, compétition et rendement, la personne entrera dans un espace fécond d’idées, de proposition et d’énergie renouvelable et partageable.

Les limites de notre rapport au temps

Il est important de rappeler que considérer le temps comme un allié n’est pas en être esclave. Il est tentant de repousser des décisions ou des questions d’une grande importance (dont la réponse nous gênera assurément, parce que nous en pressentons les conséquences et notre obligation d’y faire face), sous prétexte que « le temps fera les choses ». Mais si le temps nous accompagne, il ne se substitue pas à la notion de responsabilité. L’alliance avec le temps demande donc une attitude proactive, un équilibre entre patience et action.

Nous en arrivons donc à la procrastination qui nous fait fuir nos devoirs, qui nous montre le temps comme un ennemi. A cela se rajoute la culpabilité, la surcharge mentale, la capacité extraordinaire à « fabriquer » des idées noires de peur, d’inquiétude et d’autoflagellation.

La procrastination n’est pas la paresse. Des croyances irrationnelles provoquant de l’angoisse, un évitement de la tâche, un mécanisme d’auto sabotage, une faible estime de soi, un faible sentiment d’efficacité, des difficultés de concentration et d’autocontrôle, une incapacité à pouvoir se projeter dans le temps peuvent être des conséquences de la procrastination qui est cette tendance à reporter, repousser à plus tard et souvent d’une manière systématique une tâche, l’accomplissement d’un projet. Le temps et un accompagnement seront des ingrédients précieux pour sortir de ce cercle non productif .

Ne pas gaspiller le temps d’une manière désinvolte

Nous devons apprendre à respecter le temps, à en tirer profit sans le gaspiller. Car derrière la grande notion du temps, se cachent des histoires plus petites mais oh combien précieuses des temps de notre existence ! Le temps que l’on partage avec ses proches, les étapes de chacune de nos évolutions, le temps des autres en terme de rythme et de valeur. Nous vivons souvent avec un temps linéaire porteur de montre, notre regard rivé sur la notion d’évènements qui ont des conséquences qui nous touchent ou nous influencent.

Mais en cultivant une idée plus grande et plus personnelle du temps, nous pourrons arriver à bâtir des espaces plus fructueux et à apprivoiser nos peurs du lendemain et nos regrets du passé.