Passer du « ou » au « et » c’est passer d’un choix parfois non voulu et divisant à la réunification de toutes nos parties, même les moins éclairées : c’est passer de la tension à l’apaisement par l’accueil des contraires et des contrastes.
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Nous vivons dans une société dans laquelle il est très rare de pouvoir accueillir une personne dans son entièreté.
Depuis notre enfance nous avons appris qu’il fallait toujours choisir, qu’il fallait toujours faire une différence entre ce qui était à gauche ou à droite, ce qui était en haut ou en bas, ce qui était proche ou loin. Pour notre développement cognitif, cet apprentissage spatiotemporel était nécessaire. Puis avec le temps, l’éducation, l’école, nos propres expériences, nos propres tentatives, nous avons appris que le jugement accompagnait chacune de nos actions. Que la comparaison était une pratique obligatoire pour pouvoir se développer en premier, affirmer sa personnalité en second et interagir avec notre monde environnemental.
Sur ces pratiques, sur ces tentatives, sur ces comparaisons et hiérarchisations, se sont greffées des émotions de fierté, de joie, de peur, de colère, de dégout. Et puis est venu notre propre auto jugement, notre propre échelle de valeur par rapport à l’autre, par rapport à ce que chacun nomme la réussite ou l’échec.
Et enfin nous nous sommes étiquetés, référencés en fonction d’une situation, d’une action, d’une idée, d’un échange et de l’étiquette que notre vie professionnelle, personnelle, familiale sociétale nous a collé dessus.
Ainsi donc nous sommes étiquetés deux fois comme un produit qui a été soldé plusieurs fois et qui suit un process bien établi pour arriver bien emballé dans notre assiette.
De l’enfant joyeux dans la découverte, dans la confiance du monde, nous passons au statut d’adolescent, de jeune adulte, de père ou de mère surchargé d’injonctions, d’obligations, de règles, de statuts, d’objectifs, laissant de côté notre vraie nature créative.
Toute notre vie nous suivons le process du choix « je choisis cela ou cela », je suis cela ou cela », je peux faire cela ou cela ».
Le choix en lui même n’est pas un problème, c’est notre façon de l’aborder, et de se sentir à certains moments forcés. Si nous restons dans le « ou » sans avoir pris le temps de réfléchir, sans avoir pris le temps de prendre du recul, de regarder une situation dans son ensemble, ou si besoin aborder certains détails importants, et si surtout nous n ‘avons pas cultivé en soi une disposition intérieure de calme et en quelque sorte de neutralité (pour ne pas être trop balloté par les émotions), et bien le choix du « ou » se fera d’une manière désagréable, déplaisante et contrainte. Cela ne fera que renforcer l’étiquette ou le ressenti déjà posée sur soi d' »échec », de « réussite », de tension , de mieux faire , de faire mieux , d’épuisement, de lassitude et autres petites joies de ce cortège.
La vie est un choix constant, mais il y a la possibilité de le faire en tout discernement lorsque cela est possible, avec une clarté d’esprit qui accueille aussi le côté le moins plaisant de la chose. Si le choix se définit uniquement à partir de la décision de trouver seulement la plaisance et uniquement la plaisance, il sera difficile de faire face à des évènements plus graves ou plus indisposants. Cette capacité à accueillir l’inconfort des conséquences d’un choix, peut donner une grande force, baisser la tension et permettre de se donner le temps pour agir autrement. La non attente d’un résultat rapide permet au temps de faire son œuvre et de maturer un projet, une idée ou une vision dans une disposition plus tranquille et plus compatissante avec soi même.
Le « ou » peut ainsi se transformer en « et » sans un tranchant définitif et arrêté par le temps. Cela amorce une fluidité dans le choix, une évidence plus profonde et une capacité à discerner ce qui fait partie de notre réaction et ce qui fait partie de la réalité. Nous passons ainsi du paradigme « des effets que cela provoque en nous » aux « faits qui se passent réellement devant nous, comme si nous étions une caméra qui ne fait que filmer une scène ».
Le « ou » peut devenir le « et » tout en faisant des choix. Exemple : » je choisis cet objet et en même temps, même si je ne peux pas prendre l’autre, j’attends un autre moment pour pouvoir le posséder ou voir si j’ai vraiment la même envie initiale »; L’avantage de changer de regard sur notre fonctionnement, c’est que cela peut laisser émerger d’autres dispositions intérieures, d’autres propositions de solution et nous amener à côtoyer un nouveau chemin plus agréable, plus questionnant dans le sens de la curiosité. Autre exemple : « je choisis cela et en même temps j’accueille le fait que cela soit temporairement désagréable et inconfortable ». Le fait d’accepter les contrastes permet une libération mentale et la libération de l’obligation d’un choix que l’on nommerait confortable ou intelligent. En utilisant des mots comme « temporairement », en « priorité » permet de ne plus figer une situation mais au contraire de lui permettre une ouverture dans le temps.
Nous passons de la vision purement intellectuelle et pragmatique pour trouver la meilleure façon d’agir avec le moins d’inconfort possible à un choix peut être plus fragile, plus sensible mais aussi plus authentique et plus juste dans son expression. Nous passons d’un choix dirigé par la tension, les attentes extérieures à un choix qui raconte notre histoire, notre créativité, notre capacité de nous adapter sans pour autant se sentir obligé de faire la différence entre les « les faibles » et « les forts », les gagnants ou les perdants, ou prendre partie, cette dernière notion n’ayant plus de racine viable. Le choix ainsi consciemment éprouvé peut devenir une voie de développement, de clarté et de créativité.
Lorsque les contrastes sont accueillis, lorsque les opposés sont réunifiés, le choix devient « jeu », le choix devient « je » et le « ou » perd sa personnification de meilleur choix gagnant pour devenir un « et » sensible, discernant, accueillant et composant avec l’environnement tel un mouvement constant, une proposition, un échange d’idées, une capacité de voir l’ensemble et surtout de voir le potentiel derrière l’ensemble.
L’idée se dire que tout est changeant, que rien n’est figé, si ce n’est la pensée humaine, peut donner de l’opportunité, de la capacité à développer en soi des trésors de prise de décision qui peuvent nous amener dans des sentiers que nous n’aurions jamais pensé fréquenté un jour.
Et lorsqu’il est vraiment difficile de passer du « ou » au « et » car trop de pression, trop de poids, il sera important de passer un moment avec soi en auto gratitude pour se remercier d’être qui nous sommes, de ce que nous avons pu faire avec les ressources du moment. Une douce chaleur enveloppera votre cœur et vous amènera peu à peu à créer plus de clarté et d’évidence en vous pour cheminer vers ce qui a du sens et de la joie pour vous. C ‘est un chemin sur lequel peu à peu vous développerez de la confiance, de l’humour à la place d’un fonctionnement de victime ou de lassitude.