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ACCUEILLIR SES RESSENTIS CORPORELS ET MENTAUX

temps de lecture : 4mn

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« Nous bougeons notre corps souvent en mode robot, nous réfléchissons la plupart du temps en mode performance, en mode protection, en mode vitesse d’exécution, en mode automatique comme si nous étions toute la journée à bord de notre voiture.

Nos yeux voient plus qu’ils ne regardent. Nos oreilles écoutent plus qu’ils n’entendent. Nos nez sentent plus qu’ils ne ressentent. Nos bouches s’ouvrent plus pour engouffrer que manger, et sortent « des vérités préfabriquées, des mots passe partout, du bruit, de la cacophonie, plutôt qu’une parole distincte et claire, une phrase réfléchie, délicate et construite, du silence bienfaisant et apaisant.

Nos pas volent et courent pour rattraper le temps, nos mains se serrent au point que nous ayons mal, ou bien serrent d’autres mains plus par convenance ou politesse que par amitié et attention. Notre tête pense à demain avec angoisse ou envie, elle pense aussi au passé avec regret, amertume ou tristesse.

Nous voyons nos enfants, plus que nous ne les regardons avec patience et tendresse. Nous les mettons dans des écoles à qui nous demandons de faire l’impossible en terme d’apprentissage et d’éducation. Nous leur faisons faire des tonnes d’activités et d’apprentissages sous prétexte de trouver un bon métier rémunérateur dans le futur. Et à côté de cela nos enfants deviennent angoissés, sur excités, fatigués, et sont en modèle réduit les images des adultes qu’ils deviendront, trainant en eux des peurs, des comportements définitivement acquis comme leur nature propre. « 

Voila ce que pourrait être le scénario triste et alarmant comme un constat définitif de nos comportements sociétales. Cela existe déjà mais je crois d’une façon peut être naïve ou presque magique que se mettre en mode créatif et quitter le mode « gobage de tout ce qui passe à l’extérieur de soi » nous permettra de retrouver du sens dans nos vies, des espaces peut être limités mais tout de même lumineux dans notre quotidien trop rapide.

Revenir à soi, être réceptif à ce qui se passe dans son mental et dans son corps, c’est reprendre le chemin de la maison, de la clarté et de la compréhension, de l’intelligible au service de soi et des autres . C’est comprendre que l’être humain n’est pas un faire humain. Il est avant tout un être vivant avec des sensations corporelles, des états d’âmes et des pensées constructives et riches de potentiels.

La formule parait si simple qu’elle en serait douteuse. Simplement revenir au moment présent. Penser au passé ne ramènera rien et encombrera un peu notre tête comme de vieilles affaires dans un grenier. Et penser à l’avenir avec angoisse nous construira des certitudes autoréalisatrices, puisque nous ferons tout pour nous mettre dans une disposition d’esprit d’être et de faire qui validera et ira dans le sens de nos peurs.

La force de notre corps et de notre esprit est de vivre au présent, avec peut être ce que l’on pourrait appeler « le réconfort de notre pain quotidien ». Il ne s’agit pas de ne pas se rappeler le passé, pas plus que de ne pas pouvoir se projeter dans le futur ou faire des projets. Il s’agit simplement de se servir intelligemment et délicatement de notre mémoire pour aller chercher ce qui a pu nous faire du bien et s’en resservir comme un tremplin, et tout simplement utiliser notre imagination d’une manière légère et fertile.

L’accueil de soi est à la fois passive et active. Passive car cela pourrait être comme si nous regardions en mode observateur un film qui se déroule devant nos yeux. Et active car notre consistance, notre densité, notre profondeur nous permet de ressentir d’une manière charnelle et nerveuse les aléas, les bienfaits qui touchent notre corps, et active par les fulgurances, les idées géniales ou inconfortables qui peuvent jaillir dans notre tête. Le tout est une interpénétration de sensations, le mental et le corporel finalement ne pouvant être séparé.

C’est là parfois notre erreur, que de croire que le corps souffre uniquement sans le mental, et que notre mental émet des idées qui n’ont aucune répercutions sur notre physique.

En prenant chaque jour, ou chaque fois qu’il est possible de le faire, un temps pour se mettre en mode réceptif de soi et non plus en mode « gobage de l’extérieur », nous réapprenons à tisser des liens, à créer des passerelles entre nous et nos besoins, nos ressentis. Nous devenons plus sensibles et plus concrets à la fois dans notre façon de nous exprimer et de prendre notre juste place. La clarté de l’esprit se fait en même temps que l’expression de la grande intelligence corporelle. Et dans une symphonie joyeuse, le cœur exulte et fête le retour de l’ETRE HUMAIN.